C'est ce que l'on appelle un "faux" 4 places. Entendez par là qu'il est en mesure d'accueillir 4 passagers à son bord mais sa limitation au niveau masse et balance empêche généralement d'emporter 4 personnes et du fuel en suffisance ; sauf si vous emportez des enfants à l'arrière. On parle donc généralement de 2+2, ce qui se traduit par un avion qui peut emporter 3 adultes. Il est toutefois très avantageux car son prix de location est très raisonnable : à 1,50 € hTVA la minute, il est loué au même prix que les C150 que j'utilise généralement pour l'instruction. A ce prix là, il est toutefois possible d'amener 2 amis avec soi et de voler à la même vitesse (voire un tout petit peu plus) que le C150.
Ses détracteurs diront qu'ils ne grimpent pas vite et on ne peut pas leur donner tort ;-) En montée initiale, faut prendre son temps.
Voici l'OO-ATN :
Cela se traduit par un avion à tendance "parachute" quand on tente de la faire décrocher.
Bon assez parlez de lui et revenons-en à ma découverte de cet engin. Il fait plus ou moins beau en ce début du mois de mai et Damien est disponible pour m'initier à cet avion. Il était initialement prévu que Lolo vienne avec moi pour profiter de la 3ème place mais en dernière minute, elle a préféré rester à la maison. Avec du recul (vous comprendrez pourquoi) : elle a bien fait :-)
J'arrive au terrain et j'aide Damien à sortir l'engin qui pèse tout de même plus lourd qu'un C150. Damien fait le tour de l'avion avec moi pour la "prévol" et nous en profitons pour vérifier le niveau d'huile. Je prends place à bord. Ce sera ma première fois dans un avion à aile basse. Grosso modo, cet avion est assez simple à apprendre. Il faut juste faire attention aux commandes de richesse et de réchauffe carburateur qui sont inversées par rapport à un Cessna.
Il m'explique les différentes procédures et nous faisons démarrer la machine. En démarrant le roulage au sol, Damien me rappelle que sur cet avion la roulette de nez n'est pas conjuguée avec les gouvernes de direction ; il faut donc fortement anticiper les virages pour laisser le temps à l'appareil de réagir et parfois faire un appui bref sur le frein pour l'aider à se placer dans la bonne direction.
J'arrive au point d'arrêt de la 27 et nous faisons le run up avant de s'aligner sur la piste et de mettre plein gaz. La puissance est disponible et la vitesse commence à grimper. Damien me conseille de directement placer le manche en arrière pour soulager la roulette de nez et laisser l'avion décoller tout seul ; et c'est vrai qu'il le fait ! C'est très intéressant de découvrir le comportement totalement différent de cet avion par rapport à nos bons vieux WAC et WEO. Après le décollage, je fais un léger pallier pour permettre au Morane de prendre de la vitesse avant d'entamer la montée ... lente la montée ... très lente effectivement :-)
Lente mais rassurante avec les becs qui entrent et sortent en fonction de l'angle d'incidence que je donne à l'avion. Je tente de trouver la vitesse de montée idéale ; celle à laquelle les becs sont entrés. Damien me propose de continuer ma montée pour arriver à une altitude de sécurité tout en me dirigeant vers les éoliennes d'Elouges. Ce sera l'occasion pour moi de prendre l'avion en main en effectuant quelques virages mais aussi les fameux essais de décrochage.
On traverse quelques petites nuées mais ceci mis à part, quel bonheur de découvrir la visibilité offerte par un avion à ailes basses ! La sensation de voler est totalement différente car on a une vue directe sur le ciel. C'est magique :-)
Au-dessus des éoliennes, je commence les virages pour admirer le comportement très sain de l'engin. J'entame ensuite les essais de décrochage et c'est fabuleux. Je suis au plein ralenti et en butée arrière avec le stick ... pas moyen de le faire décrocher cet avion. Autant dire que la vitesse n'arrive plus à se lire sur le cadran tellement l'aiguille est calée sur la gauche. L'avion ne fait que descendre, petit à petit, tout en conservant le nez haut. Un parachute je disais ... La seule chose me faisant interrompre la manoeuvre est la fatigue que je commence à ressentir dans mes petits bras à force de maintenir le stick en butée arrière.
Après cette prise en main, nous retournons vers le terrain pour faire quelques circuits et quelques touch and go. Le downwind et l'étape de base se déroulent parfaitement et je place l'avion en finale. Il y a un léger vent traversier et c'est la première fois que je tente d'atterrir avec autre chose qu'un C150 ; je sens que ce ne sera pas mon meilleur atterrissage et comme de fait, je suis un peu trop sur la gauche. Je touche, je remets plein gaz et l'avion repart assez vite dans les airs.
Nous venons à peine de quitter le sol lorsque Damien se tourne vers moi pour me demander si, comme lui, je sens une odeur de brulé dans l'habitacle. Je lui réponds par l'affirmative. Nous sommes à peine à 300 pieds, encore dans l'axe de la piste. Damien n'hésite pas une seconde :
- "Je vais reprendre les commandes Olivier. Occupe toi de la radio"
A peine le temps de finir sa phrase que Damien entame un circuit court à 500 pieds pour retourner au plus vite sur la piste.
- "Saint-Ghislain Radio, Oscar Oscar Alpha Tango November. Nous sentons une odeur de brulé dans le cockpit. Nous entamons un circuit court pour revenir atterrir !", lançais-je à la radio avant de me taire pour laisser à Damien le soin de se concentrer au maximum sur la manoeuvre.
Un circuit court, c'est une procédure d'urgence à entamer dans ce type de situation : après décollage, on rencontre une difficulté qui demande de retourner au plus vite au sol. Au départ de la 27, ce circuit court se fait aux alentours de 500 pieds en passant juste au-dessus de l'autoroute avant de faire un virage serré pour passer du "vent arrière" en finale.
Durant ce virage serré, je me permets de sortir de mon mutisme pour donner des informations de vitesse à Damien. La manoeuvre est parfaitement exécutée et le virage final nous amène très vite face à la piste. L'odeur est de plus en plus présente mais nous ne voyons toujours pas de fumée.
- "Saint-Ghislain Radio, Oscar Oscar Alpha Tango November. Short final for full stop landing"
Damien réduit les gaz et atterrit sur la piste avant de très vite la quitter pour rejoindre le parking.
Quand je vous parlais d'une découverte chahutée de ce Morane dans le titre de ce billet ; je ne vous avais pas menti. Et quand j'expliquais que Lolo avait bien fait de changer d'avis à la dernière minute et de ne pas m'accompagner ; je ne vous avais pas menti non plus :-)
Arrivé au parking, nous terminons les procédures pout couper le moteur avant de sortir du Morane et nous diriger vers le bloc moteur pour vérifier ce qu'il vient de se passer. En ouvrant la trappe de l'ATN, on comprend assez vite d'où provenait cette odeur. Le bouchon d'huile, bien que toujours présent, avait sauté et de l'huile s'est donc échappée après le touché pour venir se déposer sur le bloc moteur bien chaud.
- "Ce bouchon d'huile continue donc à poser des problèmes !", lança Damien d'un air exaspéré.
Il semble en effet que ce ne soit pas la première fois que ce problème survient.
Ce n'est pas vraiment comme cela que je voulais découvrir ce Morane mais ce fut, malgré cela, une expérience enrichissante de voir les bonnes réactions à tenir au bon moment. Pour un essai plus complet du Morane, ce sera pour une autre fois :-)
A bientôt,
Olivier

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