11 jours sans voler ; cela commençait à faire long alors ce vol, je l'attendais avec beaucoup d'impatience. Le temps n'était pas CAVOK (voir le glossaire) ce samedi matin mais le vent semblait très léger. Les METAR annoncent un plafond à 2600 pieds avec des nuages éparses mais une visibilité assez faible ... Etrange comme METAR.
Arrivé sur le terrain, 4 jeunes sont occupés à sortir le Piper Archer de son hangar pour l'amener faire le plein. Ils partent ensemble faire une navigation jusqu'en Angleterre. Je me prends à rêvasser et imaginer le moment où je pourrai décider de louer le C172 ou le Piper durant un beau week-end de printemps pour aller me ballader avec Lo vers les beaux coins de notre Belgique ou encore faire une petite virée en France, au bord de la mer ... Revenons sur terre (pour quelques instants encore du moins) et concentrons-nous sur la mission du jour : réussir à faire au moins aussi bien que la dernière fois au niveau de mes touch&go.
Pour celles et ceux qui n'auraient pas lu le billet de mon précédent cours (tssss ... c'est pas bien ça), j'avais réussi à beaucoup mieux gérer mes "touchés décollés" et Damien n'avait pas du beaucoup intervenir durant les manoeuvres d'approche. J'étais aux anges ;-)
Damien arrive et nous scrutons une dernière fois les METAR tout en jetant un oeil sur la masse nuageuse présente au-dessus de nos têtes :
- "Ils se sont un peu trompés au niveau des METAR", souligne Damien
- "Le plafond est beaucoup plus bas que 2600 pieds !", continue-t-il
Et nous ne pouvions pas lui donner tort : le plafond semblait bien plus bas avec cette étrange sensation que tendre le bras vers le ciel pouvait suffire à toucher les nuages du bout des doigts. Nous nous préparons tout de même en sachant qu'il faudra peut-être abréger le vol et nous entamons donc les vérifications extérieures de l'appareil avant d'enchainer les check list, obtenir l'autorisation de décoller et s'envoler dans les airs.
L'atmosphère est beaucoup moins lourde que lors de mon précédent vol ; on le ressent tout de suite et l'avion grimpe plus facilement vers l'altitude de sécurité de 600 pieds. Arrivé à 500 pieds, j'avais le sentiment de commencer à être enveloppé par une fine brume claire et parsemée. Je ne pensais pas si bien dire ... Quelques centaines de pieds plus haut, nous nous sommes retrouvés en plein dans la couche nuageuse :-)
- "Oscar-Alpha-Charlie Saint-Ghislain Radio. Dis-moi Damien, tu peux me donner des infos sur la couche nuageuse ?", nous demande la tour pour confirmer les impressions que nous avions du sol
- "Nous sommes à 900 pieds et on est déjà en plein dedans !", confirme Damien à la radio
- "Ok. Peux-tu me dire si tu arrives à sortir de cette couche ?"
- "On va essayer de grimper un peu pour voir si on en ressort. Oscar-Alpha-Charlie", conclut mon instructeur en me demandant de continuer la montée
Nous voila devenu sonde météo l'espace d'un vol ;-) Quelle sensation étrange ... Nous étions complètement entouré d'une épaisse couche nuageuse et quelque soit l'endroit vers lequel je penchais mon regard, il m'était impossible d'apercevoir quoi que ce soit d'autre qu'une mousse blanche opaque. La visibilité était réduite à néant ...
- "Ton oreille interne va commencer à t'envoyer des informations erronées et cela peut donner des sensations étranges", m'explique mon instructeur comme pour profiter de cette occasion pour me donner un aperçu de ce qu'est un vol aux instruments.
- "Tu ne peux plus te fier qu'aux instruments car ton oreille interne te donnera parfois le sentiment que tu vires alors que tu es en vol rectiligne et inversement !"
Et pardi! Il a raison. C'est vraiment très étrange comme sensation : je pense voler totalement droit alors que les ailes de mon avion étaient inclinées sur la droite. Impossible de le ressentir. Je dois donc reprendre mes réflexes de vol sur Flight Simulator, arrêter de regarder à l'extérieur et ne me fier qu'à mes instruments. Il faut scruter l'horizon artificiel pour être certain de voler de façon rectiligne, surveiller la vitesse, vérifier le cap et revenir sur l'horizon artificiel.
Nous avons tenté de percer la couche nuageuse sans succès jusqu'à 2000 pieds, après quoi Damien m'a demandé d'entamer une descente pour ressortir de cette purée de poids :
- "Nous allons faire les circuits juste en-dessous de la couche nuageuse. Tu peux donc entamer une descente vers les 900 pieds."
Je diminue les gaz et amorce ma descente en surveillant mes instruments pour tenter de rester droit. Je ne peux m'empêcher de regarder dehors et cela ne fait pas un pli ; dès que mon regard quitte les instruments, mon oreille interne se remet à disjoncter et l'avion se met à virer sans m'en rendre compte ... c'est bluffant mais c'est une très chouette expérience. Au fur et à mesure que nous approchons des 900 pieds, la couche nuageuse devient moins dense et nous commençons à retrouver nos points de repères. Je stabilise ensuite l'avion à 900 pieds et entamons un long final pour le premier touch&go.
Je tente de reprendre complètement mes esprits pour essayer de réussir au mieux mon premier touché. Ce n'est pas le plus brillant de ma jeune carrière ;-) Mon axe n'était pas bien tenu et le touché fut un peu brutal. Nous repartons et je me ressaisis en enchainant les différentes étapes du circuit en adaptant l'altitude de celui-ci à 900 pieds au lieu des 1100 normaux. Nous enchainons plusieurs touchés décollés de cette manière et je fais mon maximum pour conserver une bonne vitesse, une tenue d'axe la plus correcte possible, un plan de descente convenable et un arrondi digne de ce nom.
Cela n'était pas le cas à chaque fois et certains éléments doivent encore être travaillés pour être totalement maitrisés. Ces éléments, ce sont essentiellement les mêmes : la tenue de l'axe de la piste et un arrondi mieux maitrisé pour un touché plus délicat.
Bref, encore une très belle expérience de vol ce samedi et une bonne occasion de faire un bon debriefing au sol durant lequel Damien a fortement insisté sur les dangers de percer une couche nuageuse sans avoir une connaissance parfaite de l'endroit où l'on se trouve.
Ravi de ce cours, j'espère pouvoir en faire un durant la semaine avant une pause de 2 semaines obligatoire car mon instructeur part en vacances.
A bientôt :-)