Des semaines que ces papiers trainaient sur mon bureau sans que je puisse prendre le temps d'y regarder ... Plus possible de repousser et repousser encore ; je devais m'arrêter le temps d'une après-midi pour régler tout cela et avoir l'esprit libre.
- "Ce sera demain après-midi !", me suis-je dit lundi soir sans pouvoir prendre le courage de le faire immédiatement ... Il faut dire que la nuit de dimanche à lundi a été courte suite à la maintenance planifiée d'un serveur ; au lit à 4 heures ...
....
Hier, milieu d'après-midi : je compulsais tous les papiers en retard et barrais frénétiquement et avec un grand bonheur chaque ligne représentant les choses qui n'étaient plus à faire. La liste diminuait, c'était une très bonne nouvelle. De la chambre de devant transformée en bureau-débarras, je ne peux m'empêcher d'être distrait par la météo clémente du jour :
- "Très belle journée pour voler ...", ne puis-je arrêter de penser.
Et puis après tout, pourquoi pas ;-) Je regarde en vitesse le planning et je constate que OO-WAC est disponible à 17h. Je prends mon téléphone pour contacter Damien qui, Ô joie, est libre à 17h. C'est conclu ! Je volerai à 17h.
Bizarrement, la fin d'après-midi s'est écoulée plus rapidement et j'ai continué à régler mes papiers avec plus d'entrain et de motivation. Nous arriverons vite à 17h !
Lo rentre du contrôle technique et m'annonce très contente que sa petite Twingo est encore acceptée sur nos routes pendant 1 an. Il est 16h30 : je lui dis que je vais commencer à me préparer pour filer vers l'aérodrome car j'ai pu m'arranger pour avoir un vol à 17h. Je remonte chercher la petite caméra et le pied-ventouse ; je suis bien décidé à filmer le vol cette fois-ci. Je prépare donc l'ensemble de telle manière à n'avoir plus qu'à coller la ventouse sur la vitre avant de démarrer les checks.
Je pars vers l'aérodrome et note les METAR de Chièvres qui semblent correspondre à ce que nous vivons actuellement au-dessus de nos têtes. Arrivé sur place, je passe à la tour pour saluer et faire la connaissance de Guillaume, commandant du jour. Je ne peux m'empêcher d'éprouver un grand respect pour lui et toutes celles et ceux qui donnent de leur temps pour rester à la tour et permettre à l'aérodrome d'être ouvert. Il tient son poste de midi à 20h ... Chapeau ! et merci :-)
Je continue mon chemin vers le hangar. Tout en marchant, je constate que le parking est vide ; aucun avion de sorti. Au loin, j'aperçois Damien qui termine d'ouvrir en grand la porte du hangar pour faciliter la sortie de notre zinc. On se salue :
- "On prend lequel ? Le OO-WAC ou le OO-WEO ?", me demande Damien
J'ai hésité à dire le OO-WEO ... Vous me direz, ce sont les mêmes ;-) Finalement, dans un accès de nostalgie débutante, j'ai opté pour le OO-WAC sur lequel nous faisons la vérification du niveau d'huile et une petite purge puisque ce sera son premier vol de la journée. Nous sortons ensuite notre Cessna du hangar pour le placer bien au milieu du parking : prenons nos aises ... nous sommes seul ;-)
- "Tu as été enregistrer le vol à la tour ?", me demande Damien
- "Ah non zut ... j'ai oublié", lui répondis-je d'autant plus embêté que je reviens de la tour
- "Je vais y aller maintenant", continuai-je ...
- "Non non, c'est bon. Je vais aller moi et tu feras les checks extérieurs pendant ce temps !"
Gloups ... Je vais devoir faire les checks extérieurs de l'avion seul, pour la première fois. Vous me direz : ce sont souvent des premières fois pour le moment mais ce sont chaque fois de beaux moments qui marquent la vie d'un pilotaillon tel que moi. Damien s'éloigne vers la tour et je commence minutieusement le tour de l'avion. Je m'efforce de mettre en pratique mes entraînements "virtuels" et surtout de me rappeler de toutes les astuces données par Damien pour ne rien oublier. Je vérifie le fuselage, les ailes, les roues, les phares, l'hélice, etc. Ne pas oublier de vérifier que les flaps sont bien fixes avant de mettre la batterie sur On, descendre 10° de flaps, couper la batterie et vérifier les fixations des flaps.
Très bien ... Je suis content d'avoir fait le tour de l'avion avec le sentiment de ne rien avoir oublié. J'ai juste un doute sur un élément de l'avion et je demande confirmation à Damien :
- "Non non, t'inquiètes : ce coup était déjà présent avant", me confirma-t-il
Complètement rassuré, nous montons dans l'avion pour entamer les checks de pré-démarrage et le démarrage moteur. Damien remarque que j'ai placé la caméra à l'arrière : et oui ! Cette fois-ci sera la bonne. Avant de commencer mes checks, j'ai pu prendre le temps de l'installer sur la vitre côté pilote, à hauteur de l'aile. La caméra tourne depuis cet instant et je croise les doigts pour que le résultat soit bon.
Je démarre le moteur et nous partons vers le taxiway. Damien en profite pour m'expliquer un check que je n'avais pas du faire jusqu'à présent ; il s'agit de pousser à fond sur le palonnier de gauche et ensuite celui de droite pour vérifier le bon comportement de l'indicateur de cap, de la boussole et de la bille. Ceci fait, je reprends le droit chemin vers le taxiway et le point d'arrêt. Les tests moteurs sont concluants et je suis content de voir que j'arrive à faire ceux-ci presque de mémoire. Un dernier coup d'oeil dans les airs pour vérifier que personne n'est en final et je m'aligne ensuite sur la piste avant de stopper l'avion pour que Damien puisse me rappeler les dernières consignes de décollage.
Je pousse les gaz à fond tout en donnant plus de pied à gauche pour corriger le mauvais alignement. L'avion se trouve maintenant bien au centre de la piste et les 2300 tours / minute sont atteints directement. Je scrute l'indicateur de vitesse tout en surveillant mon alignement. 55 noeuds : rotation ! L'avion s'élève dans le ciel partiellement dégagé et calme de Saint-Ghislain et je veille à sa montée à 65 noeuds. A 600 pieds, je demande si je reste dans l'axe de la piste ou si j'entame un virage : à cet instant, je ne connaissais pas encore les intentions de mon instructeur. Souhaitait-il que je fasse quelques manoeuvres en vol ou partons-nous directement dans des circuits ?
Il optera pour les circuits. Après tout, l'important pour moi maintenant est de m'entraîner un maximum aux techniques d'atterrissage et quoi de mieux pour cela que d'enchaîner circuit sur circuit. J'entame donc mon virage sur la gauche tout en maintenant ma montée à 65 noeuds (pour rappel, les circuits à EBSG se font à une altitude de 1100 pieds). Je commence à comprendre et donc à pouvoir anticiper : après avoir entamé mon virage, je bouge sur mon siège, pour me pencher vers la gauche et scruter à l'arrière de l'avion pour me permettre d'avoir le terrain en visuel. Je veux impérativement sortir moi-même de virage au bon moment. Damien, en bon professeur, me rappelle toutefois de sortir de virage mais je suis heureux de constater que je m'étais fait la même réflexion.
Sorti du virage, je maintiens l'avion en vol rectiligne mais toujours en grimpant vers les 1100 pieds à une vitesse de 65 noeuds. Le vol rectiligne devient une tâche que je réalise sans trop de difficulté et je ne peux m'empêcher de penser à mon premier vol d'initiation durant lequel je me suis battu avec l'avion pour tenter de la faire voler droit ;-)
Les 1100 pieds atteints, je stabilise l'avion et diminue les gaz avant d'entamer un second virage à gauche pour démarrer l'étape "vent arrière". Arrivé à hauteur de la piste, Damien me rappelle les différentes choses à faire pour préparer l'avion à l'atterrissage : il s'occupe de la radio et me rappelle de vérifier le niveau d'essence, que les indicateurs sont dans le vert, d'allumer les phares, de tirer sur la réchauffe carbu, de diminuer les gaz à 2100 tours / minute, de vérifier que la mixture est bien sur riche et de sortir 10° de flaps dès que la vitesse arrive dans l'arc blanc. L'objectif final étant d'arriver à un vol en pallier rectiligne à 1100 pieds et une vitesse de 70 noeuds.
Je surveillais du regard mon prochain point de repère me permettant de déterminer le moment où je devais entamer mon troisième virage à gauche pour me placer en étape de base. Lors de mon précédent cours, ce point de repère était matérialisé par les cheminées d'usine.
- "Entame ton virage à gauche !", me lance brusquement Damien alors que nous ne sommes qu'à hauteur du lac paisiblement niché au creux de la réserve naturelle.
Plus tôt que prévu ... Je vois que Damien veut me faire réaliser des circuits plus courts que la dernière fois ; non pas qu'il était pressé mais ceci correspond plus à la réalité d'un circuit classique. Je ne discute donc pas et entame mon virage à gauche pour me placer en étape de base. Le ciel autour de Saint-Ghislain était encore vide. J'entame ensuite la descente en diminuant les gaz à 1600 tours / minute, en sortant 10° de flaps supplémentaire et en poussant sur le manche. Je reste bien à 70 noeuds avec une pente de descente que j'arrive assez bien à maitriser. Il est temps maintenant d'entamer le dernier virage qui va nous placer en étape finale : Damien signale notre position à la tour avant de me rappeler de conserver ma pente de descente, de jouer sur la manette des gaz pour diminuer ma vitesse à 60° noeuds, de sortir 10° de flaps supplémentaire, de couper le phare et pousser la réchauffe carbu.
J'arrive encore trop vite et je dois donc couper les gaz plus tôt que prévu ; mon alignement était loin d'être parfait et j'avais encore trop tendance à jouer avec le manche pour me maintenir dans l'axe et pas assez avec le palonnier ... et mon arrondi ... ne parlons pas de mon arrondi s'il-vous-plait ;-)
Bref, ce premier circuit s'est relativement bien déroulé au niveau des différentes phases mais mon atterrissage manquait encore cruellement de précision et de douceur ;-) J'arrive par contre à mieux maîtriser la remise des gaz, l'alignement sur la piste et l'envol en restant dans l'axe de la piste. C'est déjà un bon point à mon actif. Nous avons, au total, enchaîné 6 circuits au fil desquels Damien m'a de plus en plus laissé prendre les initiatives au niveau des contrôles à opérer, des préparations à faire et des décisions à entrer et à sortir d'un virage.
Les touchés au sol ont souvent été assez durs. Je dois réellement faire attention au pallier final et l'arrondi car le train de l'appareil risquerait de m'en vouloir si je ne lui fais pas ce plaisir.
Ce vol a aussi été pour moi l'occasion d'expérimenter la présence d'un autre avion dans le même circuit que moi. En effet, lors de notre cinquième circuit, un bi-moteur en provenance de Charleroi (EBCI) a annoncé son intention de faire un touché sur Saint-Ghislain avant de reprendre la route (ou plutôt le ciel) vers son aéroport de départ. J'étais en vent arrière quand j'ai vu l'avion faire un vertical au-dessus de la piste. Damien m'a expliqué que cet avion ayant eu la priorité sur nous pour faire son touché, nous devrons effectuer le virage de base plus large que les précédents : de cette manière, nous sommes certains de ne pas lui barrer la route. Croyez-moi, c'est une source de stress supplémentaire qui n'a pas facilité mon arrondi final ;-)
Après l'atterrissage, nous remettons l'avion au parking et Damien me laisse le soin d'aller clore notre vol ; ses prochains élèves l'attendaient déjà, impatients, à côté du Piper pour effectuer quelques tours de piste.
J'étais très content d'avoir fait ce vol "improvisé" car j'ai pu confirmer mes premières expériences de "touchés décollés" démarrées lors de mon troisième cours. J'ai encore énormément de progrès à faire mais comme Damien m'a dit pour conclure ce beau début de soirée :
- "Le monde ne s'est pas fait en un jour !"
A bientôt :-)
PS : sous peu, je ferai le montage de la vidéo filmée durant tout le vol pour pouvoir vous placer ceci dans un prochain billet ...